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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 09:04

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Pour résumer, je suis à 7. Il est 4h10, on me propose un bain dans la "piscine".

 

En route, je dois m'arrêter 15 fois pour souffler et gémir bruyamment. Diego enfile une blouse en plastique. Il est parfaitement ridicule. Même avec la douleur, je trouve la force de me foutre de sa tronche (quand même).

 

J'entends Audrey la SF dire à Claudine : "à ce rythme, elle ne retournera pas dans sa chambre."

 

Je me dis que j'espère bien. Crévindidiou.

 

La "piscine" est en fait une baignoire géante. Genre tu kifferais d'avoir ça chez toi. Triangulaire, profonde, avec de quoi bien se caler. C'est Miami Beach en faïence. En plus trop cool, les lumières sont tamisées. Par contre pas le choix, je suis allongée.

 

Est-il utile que je te décrive la grâce avec laquelle une femme en plein Travail se vautre glisse dans l'eau ?

 

Là, c'était "Knockin' on Heaven's Door" dans le dedans de moi-même. (Putain si tu connais pas arrête tout et va sur deezer remedier à ton incultisme ça urge un peu là)

 

Les douleurs s'arrêtent net. Plénitude. Félicité. Béatitude. Je demande à Diego une Pelforth Fraise avec des Curly.

 

La Claudine elle est pas peu fière "je vous avais dit que ça allait vous soulager !". J'envisage pour la remercier de lui financer une place à la  Maison de retraite "Les Mésanges".

 

Et là...

 

La Reine Mère des contractions sa mère la pute a décidé de descendre à la Cour des Miracles...elle m'a prise en traitre, et elle m'a pas loupée.

 

Je vais pas tourner autour du pot : J'ai hurlé. Comme j'ai jamais hurlé de ma vie.

 

Tu vois je me voyais bien supplier pour avoir la péri, mais je pensais pas crier. Quand j'ai mal, je suis très intérieure comme être humain. C'est plus pincement de lèvres et "nondidjudidju !".

 

Quand j'ai raconté ça à ma mère, ça l'a grave affolée.

 

"- Mais euh...t'as pas pu te retenir ?

- Ben non maman, c'était vraiment plus fort que moi, ya des choses que tu peux pas maitriser !

- Et tu pouvais pas prendre sur toi, souffler, te concentrer...?

- NON ! Fallait que ça sorte !

- Et ils t'ont rien dit ?

- Ben non pourquoi ?

- Quand j'ai accouché de ta soeur (en 1972), c'était une salle de Travail double. La femme d'à côté criait, criait...Le gyneco est arrivé, il lui a collé une gifle en lui disant qu'elle dérangeait tout le monde, alors qu'elle arrête son cinéma.

- O_O"

 

Putain l'enflure.

 

Je reviens à moi-même.

 

L'eau chaude a en effet espacé les contractions, qui viennent  désormais toutes les 3 minutes. Et AUCUNE DOULEUR entre elles. Mais les contractions, qui étaient déjà...interessantes on va dire, sont juste 1000000 fois plus intenses.

 

Audrey me conseille de crier sur des sons graves. Je suis le conseil. Je beugle comme un veau. J'ai beau être matinale, j'ai mal.

 

Diego chiale.

 

Là franchement, je perds pieds (dans une baignoire c'est quand même ballo.) Je repense à la péri, mais comme l'autre fois, en un éclair. C'est comme si je sortais de mon corps, je me vois de dessus. Je me cambre à chaque contraction, je hurle, je m'auto fait peur à brailler comme ça. Je me dis que je dois avoir l'air d'une bête.

 

Je te cache pas que là, je ressemble moralement à un flamby.

 

Audrey et Claudine me disent que vu la façon dont je me cambre, c'est que la fin (de mon accouchement hein) est proche.

 

Audrey regarde où ça en est : je suis à 10 ! Pas étonnant que je jongle, je suis passée de 7 à 10 en 40 minutes, ça swingue grave, mon col chante "Bienvenue à Galaswinda" en se suspendant aux cocotiers.

 

Elles déconnent entre elles : et si j'accouchais dans l'eau ? Non parce que c'est possible seulement avec un obstétricien qui n'est pas là aujourd'hui, mais bon pourquoi pas hihihi.

 

Non non non, dans l'eau je suis pas bien. Je veux rentrer à la maison. Bam, phase de déséspérance dans les dents. J'en ai marre. Je veux une césarienne. Phase de désespérance je te dis. Y'en a qui croient qu'elles vont mourir pendant cette phase, alors je m'en tire pas trop mal.

 

Tout d'un coup je crois sentir un truc couler (ya vraiment besoin de te dire où ?). Dans l'eau, difficile de se rendre compte. Mais il me semble bien quand même.

 

Sur la contraction suivante, putain, j'ai envie de pousser. Une sensation formidable, libératrice j'ai trouvé.

 

Crois-le ou pas, mais j'ai rien dit. J'étais en transe.

 

Ça tombe bien, on me propose de sortir pout passer en salle de naissance, juste en face.

 

Je te laisse imaginer une femme enceinte sortir d'une baignoire dilatée à 10 (la femme, pas la baignoire. Tu suis ou bien ?).

 

On me pose un drap sur les épaules, j'arrive en salle de naissance. Il est 5h. Je m'appuie sur la table d'accouchement. J'avais une serviette de toilette, je retire mes lunettes (Confessions Intimes : je porte des lunettes) et je plonge mon visage dans ma serviette. Je sens encore un truc couler, je crois que c'est l'eau qui ruisselle sur mon corps de déesse.

 

"Elle perd les eaux ! Le liquide est clair"

 

On me demande comment je veux me mettre. Je veux rester debout. J'entends Audrey dire que je serais mieux allongée sur la table. Tss Tss.... Claudine la stoppe. On me demande juste de me mettre en bout de table. Audrey installe un bidule stérile au sol, sort du matos (je sais pas quoi j'ai pas mes lunettes), et elle se met par terre.

 

Je pousse, je pousse de toutes mes forces. On m'encourage. Diego est tout à côté, il me tient la main.

 

Mais quand je pousse, il ne se passe rien. Elle ne descend pas. Par contre j'ai hyper mal au coccyx à chaque poussée.

 

Là je t'ai pas dit, j'ai un monitoring ambulatoire. J'ai des capteurs sur le bide, mais je ne suis pas reliée à une machine. Je les oublie très vite.

 

Je pousse comme ça très longtemps, mais c'est toujours pareil. J'ai la sensation qu'une masse bute sur le coccyx, je supporte pas qu'on me touche le bas du dos.

 

Claudine vient doucement près de moi. Elle pense qu'il faudrait que je change de position car là, ça n'avance pas. Elle me propose accroupie. Je refuse. Mais je refuse surtout car je ne me sens pas la force de bouger.

 

Et je pousse, je pousse...rien ne se passe.

 

J'ai chaud. On m'enlève le drap. J'ai soif, on me donne à boire.

 

La Claudine, on la lui fait pas, elle revient me voir. Elle pense vraiment qu'accroupie, ça va débloquer ma fille qui doit buter sur mon coccyx vu mes douleurs localisées.

 

J'accepte. Problème : j'ai depuis quelques jours très mal aux genoux. M'accroupir est juste impossible, d'autant plus que je suis un peu debout depuis des heures.

 

On va faire autrement. On m'aide à monter sur la table d'accouchement. On redresse le dossier, et on enlève le bout de la table. On fixe des cale pieds et on installe une barre que je pourrai agripper. C'est la table d'accouchement de James Bond.

 

Je suis donc semi assise. Une contraction arrive, je me redresse, j'agrippe la barre. My god la douleur au coccyx est forte, d'instinct je m'avance, j'ai les fesses dans le vide (= accroupie finalement). "Je vais tomber !" que je hurle dis.

 

Mais non, Diego me tient sous les aisselles, Claudine aussi. Audrey est en bas, direct sous mon intimité. Je ne l'envie pas. On m'encourage.

 

"On voit les cheveux !" On me dit de pousser bien fort, et de maintenir la poussée.

 

J'ai du mal, je suis naze. Et d'un coup, je sais pas Paulette, j'ai eu la rage. Diego dit avoir vu une putain de lueur dans mes yeux. C'est une des rares fois où j'ai ouvert les yeux en salle de naissance.

 

J'ai tout donné Paulette, j'ai tout donné. Je ressens une grande brûlure, ah ouais ya pas photo, il se passe un truc là.

 

"Ça y est, la tête est sortie, et oooh, les épaules !"

 

Et voilà, on me pose un petit corps tout chaud, tout gluant sur le ventre. Il est 5h53.

 

Même pas mal.

 

Oui bon ok, un peu.

 

Pas d'épisio, pas de déchirure, juste une petite éraillure.

 

Je demande mes lunettes. Pour la première fois, je regarde autour de moi. Le soleil se lève. Une aube d'été. J'ai l'impression que le soleil nait en même temps que ma fille. Il y a quelques secondes il faisait tout noir. Maintenant, une douce lumière jaune, rose et bleue emplie la pièce.

 

...

 

Je sais pas toi, mais moi là, à te raconter tout ça, je chiale un peu...

 

 

 

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commentaires

Flora 28/07/2012 11:43

http://littlehumaninprogress.wordpress.com/2012/07/28/donner-la-vie/

Kisbuel 30/07/2012 19:26



trop beau bordel



Flora 26/07/2012 00:38

Je suis ton blog depuis quelques temps mais je n'etais jamais remonté aussi loin dans tes articles, je trouve qu'on a eu des accouchements très très similaires (sauf que j'ai fini à quatre pattes.
En tout cas c'est vraiment génial que tu es pu avoir l'accouchement que tu voulais!

Kisbuel 28/07/2012 09:38



Merci ! Heureuse pour toi ! Tu as fait le récit quelque part ? :)



ingrid et sa Tribu 03/04/2012 15:51

je découvre ton blog...et là je pleure tout ce que je peux, merci hein...Très très beau récit, ça me donne presque envie d'un petit sixième ....j'ai dit presque :)

Blablabulle 04/04/2012 11:43



Ralala, tu as 5 enfants ? Ma soeur aussi (que des mecs !), bon elle est sur les rotules, mais j'adore le fait d'avoir plein de gosses  !!



Steph 11/02/2012 10:59

'Tain la classe, rien d'autre à dire :)

Steph 10/02/2012 18:01

Ca fout un peu les boules tes descriptions de la douleur, mais en même temps, ça donne trop l'impression d'être warrior que de vivre ça ah ah !
J'ai la trouille et j'ai hâte en même temps, mais je l'imagine bien mieux qu'à l'époque où pour moi l'accouchement c'était les pieds sur les étriers...

Superbe témoignage :)

Blablabulle 11/02/2012 07:06



Je comprends que ça foutte un peu les miquettes, oui j'ai beuglé, oui j'ai eu mal, mais vraiment vraiment...je l'ai pas mal vécu, et je garde pas un souvenir d'un truc horrible. J'avais pas peur
d'accoucher, et je n'ai pas peur de remettre ça...t'as vu la warrior de ouf ??



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